Points de vue


PFUE – Période de Frémissement Utile pour l’Europe ou Période de Faillite pour l’Unité Européenne ?

Une nouvelle PFUE approche : doit-on l’attendre avec impatience comme un moment important de réconciliation entre les français et l’Europe, et entre la France et les européens, un moment utile pour la Construction Européenne ? ou doit on la craindre en raison tant du fond annoncé que de la forme (les difficultés posées notamment par la personnalité de notre président).

PFUE : Sigle - barbare pour les non-initiés - désignant la Présidence Française de l’Union Européenne.

Avant même d’évoquer ses objectifs, une de mes premières interrogations porte sur le niveau de connaissance de ses mécanismes et enjeux par les citoyens français. Quand je vois que le sondage réalisé du 24 Janvier au 10 Mars 2008 par le site Toute l’Europe indiquait que seuls 85% des 4300 personnes ayant répondu au questionnaire étaient au courant de celle-ci, je m’inquiète. Je m’inquiète car 15% d’une population très sensibilisée à l’UE n’en était même pas informé. Alors qui, parmi l’ensemble des citoyens français, sait que la présidence de l’UE du deuxième semestre 2008, pourtant française, sera « placée sous le signe de l’Europe protection » et que ses priorités seront la gestion globale et concertée des migrations, la politique de l ‘énergie et du développement durable, l’Europe de la Défense et l’Avenir de la PAC ? Et plus globalement qui sait comment fonctionnent les présidences de l’UE ?

La PFUE 2008, Pour quoi ?

Finalement, quand je lis que 68% de ces mêmes 4300 personnes ayant répondu au sondage de Toute l’Europe pensent que la PFUE ne permettra pas de relancer la Construction européenne, je m’inquiète sur la pertinence de ses priorités. Et encore, je ne parlerai pas de mes craintes sur la forme de cette PFUE.

Symboliquement, cette PFUE est un moment important pour la France, une occasion de montrer son engagement européen, pour l’intérêt général européen, et de rappeler pourquoi elle devrait rester un moteur de l’UE. Ce n’est pas le moment d’imposer ses priorités particulières à l’Europe et/ou de segmenter l’UE selon les frontières des uns ou des autres (hum, hum Union Pour la Méditerranée).

Les priorités de cette présidence semblent en effet en décalage avec celle qui la précède et celle qui la suit. Même si les présidences sont globalement influencés par les intérêts particuliers des pays, Slovénie s’intéressant par exemple à l’élargissement aux Balkans, une certaine cohérence paraît tout de même nécessaire. Ainsi « l’Europe sans barrières » sera la priorité de la Présidence Tchèque. Puis selon Cécilia Malmström, ministre suédoise des Affaires Européennes, une « Europe plus ouverte » sera une des priorités de la Présidence Suédoise, qui, dans ce qui apparaît une réponse au projet d’Union Pour la Méditerranée, a également choisi de s’intéresser plus particulièrement à la Mer Baltique.

Si à l’opposé les questions environnementales et d’énergie sont au cœur de tous les projets de présidence, je regrette qu’une véritable concertation au service d’un projet servant l’intérêt général européen à un terme supérieur à six mois ne soit pas encore à l’ordre du jour. Ce ne sont que des suites de priorités individuelles, plus ou moins en phase avec les autres pays de l’UE (ce qui ne semble pas particulièrement être le cas des priorités françaises), et le manque total de préparation de l’annonce d’un projet tel l’Union pour la Méditerranée – dont je ne discute pas ici de la pertinence - nous expose à une inflation des sous-projets régionaux européens, a priori en opposition avec le projet même d’Union.

Comment réagiraient les Français si l’élargissement à la Turquie de l’UE était annoncé priorité d’une présidence ou si Cécilia Malmström, célèbre pour la ‘One Seat Campaign’ (en faveur d’un unique siège - Bruxelles - pour le Parlement Européen), mettait à l’agenda européen la question de la fin des sessions mensuelles au Parlement de Strasbourg ?

Même si nous manquons d’hommes/femmes politiques avec une véritable vision pour le futur de l’UE, Avoir une vision n’implique pas pour autant d’imposer celle-ci contre les autres membres, de définir ses priorités en résistance aux visions des autres Etats-membres, de favoriser ses propres priorités sans prendre en compte l’intérêt général de l’Union et sans avoir conscience des intérêts particuliers qui influencent la vision des autres Etats-membres.

Ainsi, face à ses divergences qui mettent en danger la cohérence de la construction européenne, le futur Président de l’Union Européenne serait-il la solution ? De l’avenir des Présidences Tournantes

La réponse va être courte : Non. Enfin pas comme celui-ci est défini par le Traité de Lisbonne. Les débats actuels sur l’identité du Futur Président de l’Union Européenne (Tony Blair, Jean-Claude Juncker, Bertie Ahern…) occultent le fait suivant : la PFUE n’est pas une espèce en voie de d’extinction, même si le Traité de Lisbonne instaure l’élection (désignation conviendrait mieux vu que cette élection se fera par le Conseil Européen) pour un mandat de 2 ans et demi, renouvelable une fois, d’un président du Conseil Européen.

Il faut en effet retenir notre bel optimisme quant à une Europe qui aurait enfin un seul numéro de téléphone - pour reprendre les mots d’Henry Kissinger. En effet, les présidences tournantes continueront pour le Conseil de l’Union Européenne2, à l’exception de la Présidence du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères qui sera présidé par le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. De plus, le rôle de représentation extérieure du Président du Conseil Européen s’arrêtera là où les attributions du Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité commencent… Et puis, il y a également le Président de la Commission Européenne. De là à dire que le Président n’aurait donc qu’un rôle symbolique… Et le Conseil risque de manquer d’un fil conducteur à moyen terme pour encore quelques années.

Alors oui je suis déçue car nous avons manqué une occasion de faire émerger une véritable figure politique pour l’UE, une implication citoyenne croissante dans l’Union ne pouvant être dissociée d’une identification ‘humanisée’ de ses institutions par les citoyens européens (non plus Bruxelles, les institutions, les technocrates européens…). Et rien ne risque de changer avant la fin du cycle actuel de présidences car personne ne saurait renoncer à son tour avant la fin, en juin 2020 !!!

Face à ce constat, je me demande s’il était vraiment pertinent pour les états européens de s’inquiéter d’une éventuelle fin des présidences tournantes qui les empêcheraient d’imposer leurs priorités une fois tous les 14 ans, et donc de limiter ses attributions au lieu de privilégier l’émergence d’un véritable président de l’UE ?

Alors je continue rêver d’une européanisation concrète de la politique… Je rêve d’une véritable campagne européenne en 2009, permettant enfin l’émergence d’une véritable classe politique paneuropéenne et le renforcement du projet de construction européenne. Je rêve d’une coopération plus forte des pays européens au service de l’idéal européen. Et en attendant que ce rêve se réalise, je croise les doigts pour que la PFUE puisse au moins partiellement répondre aux défis rencontrés à l’heure actuelle par l’UE.

- Par Marine Godaux

le 9 mai 2008 · par : Les jeunes démocrates 75 · lien permanent
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